Roy Bula – Sa seule drogue, c’est la musique
Valérie Ziegler, nuage
Il travaille pour le monde de la nuit et aime entamer chaque journée comme si c’était une page blanche : Roy Bula, le premier night manager de Suisse, est un épicurien jusqu’au bout des ongles. Il aime la nature, le sport, le yoga, la bonne cuisine… et la musique.
Mais en quoi consiste le métier de night manager ?
« L’une de mes missions principales est de représenter les intérêts des clubs, de leur servir de porte-parole et de renforcer ainsi la culture des clubs. » Roy Bula
Il organise par exemple des ateliers sur différents sujets, comme les problèmes inhérents à la vie nocturne. Cela porte entre autres sur la santé mentale des personnes qui travaillent la nuit. « C’est un secteur extrêmement fatigant, car il y a encore beaucoup de gens qui travaillent bénévolement dans la vie nocturne », explique le quadragénaire. On en arrive donc vite à perdre un peu de sa vigilance. « Ce n’est pas surprenant que les propriétaires de clubs n’aient pas envie de passer la journée à se creuser la tête sur des ateliers potentiels. » Et c’est là que Roy intervient : « Pour moi, c’est très important d’écouter les besoins des différents clubs, d’y répondre et de proposer des domaines de travail. »
Nordstern © Nordstern & Deck57
La mission de Roy consiste aussi à organiser des événements. Ainsi, le 31 janvier 2025 a eu lieu la première Clubnacht Basel : il suffisait d’un seul billet pour entrer dans différents clubs. « Bien sûr, l’idée première était de sortir les noctambules de leur routine habituelle et de leur faire découvrir de nouvelles choses de la manière la plus simple possible. »
De la réservation à la maintenance, sans oublier le vestiaire, il faut énormément de personnel pour mettre sur pied une seule soirée. « La caisse du soir est également un défi pour les propriétaires de clubs : quand on ne sait pas combien de personnes vont vraiment venir, il y a une énorme pression. C’est pourquoi il faut se servir au maximum de la prévente : après tout, cela se fait juste en quelques clics ! », sourit ce passionné de concerts.
Qu’en est-il des rumeurs sur la mort des clubs ?
La situation des clubs locaux est-elle vraiment si mauvaise ? « Je déteste l’expression “mort des clubs”. A mes yeux, elle a été créée uniquement pour les médias, parce qu’elle a un côté sensationnel. Mais il faut bien admettre que la période actuelle est pleine de défis : les loyers augmentent, les clients consomment de moins en moins d’alcool. D’un point de vue social, c’est une tendance positive ! » Lui-même ne boit presque plus pour des raisons de santé. « Pourtant, il est indéniable que l’alcool a toujours été un gros poste de recettes. » A cela s’ajoute l’augmentation du cachet des artistes internationaux qui ont de grosses agences derrière eux.
Le fait que les jeunes aient une capacité de concentration de plus en plus réduite n’aide pas non plus.
« Il est de plus en plus difficile d’atteindre les gens. A cause des réseaux sociaux, aujourd’hui, on est obligé de fournir une énorme quantité d’informations et d’images ; du coup, il y a certaines choses qui se noient dans la masse et passent complètement inaperçues. » Roy Bula
Malgré cela, Roy est intimement persuadé que la musique, la culture, les clubs et les salles de concert resteront toujours indispensables. « Après tout, il s’agit d’un besoin de la société. » Il considère donc cette évolution comme une chance : « Les clubs doivent s’interroger davantage sur la manière d’aller chercher leur public à l’avenir. »
Roy Bula © Oz Jacob Tabib, all rights reserved
Roy Bula © Oz Jacob Tabib, all rights reserved
Roy Bula © Oz Jacob Tabib, all rights reserved
Même si, en tant que night manager, Roy travaille principalement de jour, et que non content de ne pas consommer d’alcool, de café, de sucre ni de tabac, il résiste aussi aux sirènes des autres drogues, il considère que l’on rate quelque chose si l’on passe à côté de la nuit à Bâle. Mais pourquoi ? « Parce que l’on risque de passer à côté d’un échange important ! Cela me touche profondément de voir tout l’amour que les artistes mettent dans leur travail, que ce soit sur scène ou derrière leur pupitre. »
De l’afro au drag
Dans quelques jours, il y aura d’autres bonnes raisons de passer des nuits blanches à Bâle, au moins pendant une semaine : « Je suis très heureux qu’un événement aussi important que l’Eurovision puisse avoir lieu à Bâle. A mes yeux, la ville est faite pour cela », explique Roy.
« Bâle est une ville extrêmement cosmopolite, avec un vaste programme culturel et une population que je trouve fascinante : un mélange incroyable de personnes venues de tous les horizons, passionnées d’art et de culture. Et bien que la ville soit petite, elle a énormément à offrir sur le plan musical. » Roy Bula
Quelques petits avant-goûts de l’Eurovision : The Taylor Experience le 11 mai à l’Atlantis, The Super Gay ESC Party le 17 mai au Viertel, ou Hakuna Shida, un festival de musique afro le 17 mai au Parterre One. Vous trouverez tous les événements autour de l’Eurovision dans la rubrique Evénements phares.
Bâle est une ville qui sait faire la fête © Basel Tourismus
Personnellement, Roy préfère aller à des concerts de rock pendant son temps libre. « Quand il y a des riffs de guitare de plusieurs minutes avec de la batterie, je ne peux plus m’arrêter ! Quand je ressens cette puissance à l’état pur, j’ai juste envie d’avancer pour me lancer dans le pogo », dit-il en riant.
Et ses artistes préférés du moment dans la région ? « Malummi, Nomuel et des collectifs comme Somatic Rituals ou Okra Collective. »
« La musique live est irremplaçable »
Il n’existe pas de formation de night manager. Toutefois, grâce à son travail jusqu’à présent, Roy Bula a réussi à se constituer un beau bagage. Il a grandi dans la vallée du Rhin saint-galloise. Il a étudié le journalisme, avec l’économie d’entreprise et le marketing en matières secondaires. « Déjà pendant mes études, je travaillais dans des bars, à l’époque à Zurich. La culture de la restauration et des clubs m’a toujours intéressé. Surtout à cause de mon amour pour la musique ! »
Gannet © Gannet, Xoff Pardey
Après un stage dans une agence de musique, où il a travaillé dans le management pour différents groupes et a notamment été responsable de la communication pour les Swiss Music Awards, il a passé une période très enrichissante au Holzpark Klybeck : « C’est ici, au Gannet, que tout a commencé. » Roy y faisait partie de l’association des propriétaires tout en étant booker et chargé de communication. Et il était là pour l’arrivée de l’ancien bateau-phare, transporté depuis l’Angleterre jusqu’à Bâle pour y être transformé en salle de concert. « Ça a duré deux ans, et c’était super ! »
Comment imagine-t-il la vie nocturne bâloise en 2055 ? « Je ne peux et ne veux même pas imaginer les progrès techniques qui auront été réalisés d’ici là. Malgré tout, je suis sûr que les gens vont continuer à sortir. Y compris la nuit. Car en fin de compte, cela donne le sentiment d’appartenir à une communauté, autour d’instincts tout à fait naturels comme la dimension physique et l’échange avec les autres », poursuit-il. « L’être humain est un être social. Et j’ai grand espoir qu’il en sera toujours ainsi. »
Pour Roy, une chose est sûre : « Il y aura toujours de la musique live ! »
Roy Bula
Roy Bula est employé comme night manager par l’association bâloise Kultur & Gastronomie. Il travaille en trio avec Sandro Bernasconi, du service culturel de Bâle-Ville, et Claudia Jogschies, qui est responsable de la promotion des programmes des clubs dans le cadre du Musikbüro Basel. Bâle accomplit un travail de pionnier avec son modèle de promotion de la culture des clubs et de la vie nocturne.
kulturundgastro.chCoopération avec Basel Happens
Vous souhaitez rencontrer d’autres personnalités passionnantes de Bâle ? Depuis 2017, notre journaliste Valérie Ziegler présente Bâle, sa ville bien-aimée, sur le canal Instagram « Basel Happens » en collaboration avec le photographe bâlois Oz J Tabib. Découvrez des lieux des personnages et des projets inspirants, avec leurs propres caractères !